Passion en trois mots

Musique  -  zoom  -  femmes

 

Et j’avais envie de m’arrêter là. Ça suffit, ça me satisfait, ça résume ce que j’ai le plus aimé dans Passion, mais j’aurais pu dire exactement la même chose de Femme fatale et quasiment la même chose de Snake Eyes ou Body Double. Passion ressemble à du De Palma, normal. J’ai découvert Brian sur le tard, suis encore très loin d’avoir vu toute sa filmographie mais c’est peut-être le cinéaste dont j’ai le plus envie de tout voir le plus rapidement possible (après Tim Burton, mais merci la rétro à la Cinémathèque qui m’a forcée la main je suis à jour). Snake Eyes, Body Double (diffusé par France 2 qui avait su m’appâter avec une  bande-annonce mystérieuse et enivrante à la hauteur du film – les BA de France 2 sont toujours remarquables et la comparaison avec TF1 fait froid dans le dos), Femme fatale, Mission Impossible, Mission to Mars, les Incorruptibles, le Dahlia noir, Passion il y a 2 jours et Blow Out ce soir. J’en suis là. Et d’ici, rares sont les films de Brian de Palma a ne pas respecter cette addition importance de la musique + importance de la femme + importance de la technique.

Passion ressemble surtout à Femme fatale. Dès les premières images du film, encore noires, la musique m’a rappelé celle de Femme fatale, pourtant ce n’est pas le Boléro de Ravel ici, mais une composition originale (repompée, pour être précis).

Ensuite sur le plan technique, outre les habitudes réjouissantes de De Palma (split-screen, Steadycam subjectives, … c’est un peut pour ça qu’on est venu) moi ce que je préfère, ce sont ses zooms. Comme on en utilise plus depuis des décennies. Lui en met partout (moins dans ses premiers films, me semble-t-il), et je surkiffe. On compare De Palma à Hitchcock, un tel emploi du zoom en particulier est représentatif d’une époque révolue. Plus que jamais, à chaque fois que De Palma zoom ou dézoom sur un personnage ou un objet, je me sens dans un film Hitchcockien.

À ce sujet, c’est vraiment grisant d’avoir l’impression de voir un Hitchcock tourné avec des moyens modernes, dans une époque contemporaine.

Et puis que serait un Brian de Palma sans ses femmes au cœur de l’action. Ici, elles sont au cœur de l’intrigue. Plus encore que dans Femme fatale, il n’y en a que pour les femmes. Noomi Rapace et Rachel McAdams interprètent les seuls sujets du film et Paul Anderson n’est qu’on objet, au même titre que le téléphone dont les héroïnes sont chargées de concevoir la campagne marketing.
À propos, comme pour Samantha Barks dans les Misérables, petite surprise au casting : c’est une troisième femme qui a su retenir mon attention. Karoline Herfurth, une Allemande (bénies soient les co-prod européennes) rousse, cheveux courts, yeux captivants, qui malgré son rôle de subalterne (on la voit comme une sorte d’assistante de Noomi, bien qu’un plan sur la porte de son bureau nous apprenne qu’elle est publicitaire elle aussi) vole la vedette aux héroïnes. Aaaah, les rousses, je suis si faible…
Photo de Karoline Herfurth face à Noomi Rapace dans "Passion" de Brian de Palma

Karoline Herfurth, à droite, ses cheveux, ses yeux, sa bouche, je défaille.
À gauche, une autre fille.

Ça aurait pu me suffire et d’ailleurs le film n’est pas parfait pour autant. L’univers froid des bureaux berlinois de nos publicitaires prêtes à tout peut lasser, et cette ressemblance régulière avec Femme fatale décevoir. Mais il serait difficile de reprocher à De Palma de faire du De Palma et je crois que ces films procurent du plaisir à travers leur mise en scène si technique et leurs histoires Hitchcockiennes finalement tristement proches de pauvres faits divers (« Fusillade à la gare centrale : un bébé échappe à la mort« ). Le placement de produit est impressionnant : nos deux héroïnes travaillent ni plus ni moins sur la façon de vendre un nouveau téléphone Panasonic. Qui existe. Qui vient de sortir. À côté de ça le film s’ouvre sur un énorme (oui) gros plan sur le dos d’un Macbook Pro. Le logo d’Apple prend tout l’écran, et un long mouvement de caméra finira par nous révéler les personnages. En fait, ça ressemble à ça :

Recréation du premier plan du film "Passion" de Brian De Palma.

Pourtant Apple n’apparait même pas au générique, alors que la liste des partenariats est bien remplie, par Panasonic en tête ça va de soit.

Réel placement ou message du réalisateur aux connaisseurs pour ancrer le film dans la réalité des métiers artistiques alors que cette première scène ne se déroule pas dans les froids locaux de la boite de comm’ ? Mystère. Le geek rigole un instant et est tout de suite rattrapé par brian via le mouvement de caméra si bien maitrisé. Le film est lancé. Les musiques, les zooms et les femmes fatales ne cesseront plus.

En trois mots : Brian  -  De  -  Palma.

3 Comments

Bien rangé dans Cinéma

3 Responses to Passion en trois mots

  1. Pingback: Crime d’amour : Passion en moins passionné | Visionarium.fr

  2. JiP

    Salut,
    Pas de scène de rêve ou « faux » début de film pour ce ‘Passion’???
    J’ai lu trop de chose au sujet du film avant sa sortie et j’avoue ça m’avait un peu refroidi. Mais qu’importe… Son visionnage est programmé.
    J’ai adoré ta ‘Passion en trois mots’.
    Tu vas kiffé ‘Dressed to Kill’, ‘Carlito’s Way’, ‘Casualties of War’ ou encore ‘Obsession’, ‘Wise Guys’ et ‘Raising Cain’ pour ces trois mots également.
    A bientôt au plaisir de te lire, je retourne voir pour la 10000éme fois le dernier quart d’heure de ‘Blow Out’.

    • Timekeeper

      Excellente remarque. J’élimine d’un geste le « faux début », non il n’y en a pas.
      Excellente question donc que cette histoire de scène(s) de rêve(s) : j’avais également lu des chroniques parlant de ça, mais je ne sais pas les identifier dans le film.
      Pour essayer de décrire la chose sans spoiler, je vais essayer de raconter succinctement en m’appuyant sur un évènement commun aux deux films, Passion et Crime d’amour : malmenée par sa supérieure, l’héroïne en arrive à sombrer dans les médicaments. À partir de la De Palma change l’atmosphère de son film, l’image est encore plus froide, les cadrages plus tordus, la lumière filtre à travers les stores vénitiens qui projettent leur ombre dans tout l’espace.
      Ca a donne en effet une impression de rêve, ou de monde parallèle. Mais de la façon dont j’avais compris le film, et confirmé par Crime d’amour après coup, ce n’est pas le cas. Ce qui se passe à partir de ce moment là arrive bien pour de vrai. Il arrive à Noomie Rapace de rêver, mais ça fini par un plan sur elle qui se réveille dans son lit. Et la photo ne change pas entre le rêve et la réalité. Ou alors les trois quarts du film sont un rêve, et ça ne colle plus avec le fait qu’il y ai bien un assassinat, un vrai. Ou alors je n’ai rien compris au film ^^

      J’aimerais ajouter une phrase ; un commentaire sur le fait que De Palma, par ce changement de photo quand l’héroïne sombre dans les médocs, nous mets dans une certaine position, nous force à tirer des conclusions sur certaines actions, ce qui me surprend de lui, mais j’attendrais que tu l’ais vu ;-)

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