L’écran géant dans la file de Star Tours (à 5 jours de sa disparition)

Faut que je vous cause d’un truc. Vendredi après-midi j’étais à Disneyland Paris avec des amis, et il y avait un truc bizarre dans la file d’attente de Star Tours. L’immense écran dans la grande salle, à côté du Starspeeder que réparent R2-D2 et C-3PO ne fonctionnait pas. Ça, ça arrive. Mais en plus, on voyait des trucs étranges derrières, et surtout… le projecteur !!!

WTF ??? Star Tours, DLP, 11 mars 2016. Photo : Visionarium.fr

WTF ??? Star Tours, DLP, 11 mars 2016. Photo : Visionarium.fr

J’ai d’abord halluciné, je me suis dit des trucs cons du genre « hein, ils ont déjà démonté l’écran de rétro-projection alors que l’attraction tourne toujours ¿? Mais les fans vont être hyper déçus mercredi pour la dernière ! ». Oui, sur l’instant, souvent, je m’emballe. Et puis les idées ont eu le temps de murir. Mais avant d’aller plus loin, une rapide leçon s’ympose. Sortez votre cahier et votre stylo plume :

C’est quoi, le LCD ?

LCD pour « Liquid Crystal Display », ou « Affichage à Cristaux liquides » en bon français, c’est donc… du cristal liquide. Pour afficher des trucs. Plus sérieusement, on a tous entendu ce terme : on se sert d’afficheurs LCD dans les montres, certains réveils, les lunettes 3D dites « actives », et même les écrans d’ordinateurs et les téléviseurs depuis qu’ils sont « plats ».

En gros, en très très TRÈS gros, on enferme, entre deux plaques de verre, du cristal liquide, qui, c’est la subtilité, est une matière ni liquide, ni solide, mais entre les deux. Au naturel, il est transparent, on ne le voit pas, ou peu. Mais quand on lui envoi du courant électrique… il devient sombre !

Sur une montre classique, on a mis 7 petits rectangles de cristal par chiffre. Il suffit d’envoyer du courant dans les rectangles de son choix pour former un chiffre en noir. Si on active les 7 segments, ça fait un 8.

À gauche, des chiffres en segments, comme sur une montre. Image : CC, par Lozère sur Wkipédia

À gauche, des chiffres en segments, comme sur une montre. À droite, un modèle bien plus compliqué (mais qui se rapproche de ce qu’utilise Star Tours). Image : CC, par Lozère sur Wkipédia

Le LCD ne produit pas de lumière : c’est pour ça que le fond de votre montre ressemble à du sable argenté. C’est une bête surface brillante qui renvoie la lumière qu’il y a autour de vous.

Un thermomètre de fenêtre LCD : ici aucune surface réfléchissante à l’arrière, on lit par transparence.

Un thermomètre de fenêtre LCD : ici aucune surface réfléchissante à l’arrière, on lit par transparence. Image : D.R.

Sur les lunettes 3D actives (principalement les grosses rouges marquées « Xpand » comme on trouve au Futuroscope), chaque œil est une dalle de cristal liquide, qui s’obscurcie sur demande, pour que l’œil derrière (au hasard, le droit) ne voit pas l’image qui est destiné à l’autre œil (de fil en aiguille, le gauche).

Des lunettes 3D actives : les lunettes envoient du courant électrique dans un verre à la fois, ce qui l’obscurci. Image : Cinenow.

Des lunettes 3D actives : les lunettes envoient du courant électrique dans un verre à la fois, ce qui l’obscurci. Image : D.R.

Et de nos jours, on trouve même des WC dont la porte est en verre, totalement transparente… mais un verre contenant du cristal liquide : quand vous fermez le loquet, ça enclenche un interrupteur et le verre reçoit du courant : hop, comme par magie, la porte des toilettes devient opaque !

Ramassez votre mâchoire et notez l’adresse de ce lieu extraordinaire notez qu’ici le cristal liquide ne devient pas noir, mais blanc/gris.

Et bonne nouvelle, le cours théorique s’arrête ici. Les scientifiques me diront que c’est faux, mais nous ne sommes pas là pour comprendre toutes les subtilités des écrans LCD.

Star Tours, ces dernières années

Vous entrez dans la file de Star Tours. Sur votre droite, vous apercevez le Starspeeder, et encore plus à droite, l’écran géant, quadrillé de lignes noires. Aucun film ne passe et… il est tout noir.

L’écran, ces derniers temps (et depuis très longtemps), simplement noir entre les pubs. Photo : Visionarium.fr

L’écran jusqu’à il y a peu (et depuis très longtemps), simplement noir entre les pubs. Photo : Visionarium.fr

Une publicité pour un voyage, sur Hoth ou Endor, ou pour vanter les mérites du Starspeeder 3000, passe parfois, puis l’écran redevient tout noir, ou plutôt, gris sombre, vitreux. Vous trouvez ça normal, car depuis des années c’est ainsi. Difficile de vous en vouloir (et par « vous », j’entend principalement « moi », vous l’aurez compris).

L’écran, ces derniers temps, pendant une publicité.

L’écran jusqu’à il y a peu, pendant une projection. Photo : Visionarium.fr

Star Tours, ce vendredi 11 mars 2016

Et puis il y a ma visite de vendredi. La bande-son des publicités est bien diffusée, mais le projecteur est en panne, comme ça lui arrive parfois. Sauf que quelque chose est différent. Il y a comme d’étranges reflets dessus. Un quadrillage jaune… Un quadrillage bleu… et… des points lumineux ? Hey, ce ne sont pas des reflets : c’est derrière l’écran !

WTF ???

WTF ??? (Même photo qu’en début d’article, paniquez pas.) Photo : Visionarium.fr

Et cette chose en haut, il y a de la lumière, il y a… bon dieu ! Il y a une ouverture donnant sur une salle, on voit le plafond, il y a des néons ! Et surtout, juste à côté, par une autre ouverture, on voit… le projecteur ! Le projecteur argentique sensé projeter les bandes-annonces !

Le projecteur ! Photo : Visionarium.fr

Le projecteur ! Photo : Visionarium.fr

LE PROJECTEUR !!! Photo : Visionarium.fr

LE PROJECTEUR !!! Photo : Visionarium.fr

Je serais franc avec vous : Star Tours est pour moi une des attractions les plus parfaites au monde. À la complexité hors-normes, aux détails innombrables, de celles qui ont su apporter quelque chose de totalement nouveau1. La perfection faite attraction ! J’ai toujours mourus d’envie2 d’en visiter les coulisses, chaque recoin, et passer derrière cet écran géant fait parti de mes fantasmes (entre autres rêves : voir l’armoire à film derrière les simulateurs, me pencher à l’avant des rangées de sièges à la place du rideau voir si le trou pour l’image ressemble à celui du Cinaxe (R.I.P. Cinaxe), et assister à un tour depuis le bas du hangar, plaqué contre le mur, pile en face d’un simulateur).

Et là, j’ai approché ce rêve du doigt. J’ai vu l’objectif du projecteur à travers l’écran. Ce n’est rien, mais je n’aurais jamais cru ça possible. Alors à cinq jours de la toute dernière chance de pouvoir entrer dans ce décor tel qu’il a été conçu dans les années 80, dont l’écran est remplacé dans Star Tours 2 par un modèle différent, c’est… wow.

Star Tours à l’origine, selon moi

Mais alors, pourquoi a-t-on vu ça ? C’était « cassé » ? Après cogitation, je crois que non. Enfin, si, mais pas parce qu’ils auraient commencé à démonter. Plutôt parce qu’ils auraient commencé à le remettre en état pour lui rendre un dernier hommage avant la fermeture.

Il y a déjà des écrans LCD à un autre endroit dans Star Tours : à la fin de la seconde salle, juste avant d’être séparés devant les portes d’embarquement. Derrière le robot qui parle anglais, le mur est composé de petits carrés gris, qui clignotent : ils passent du gris clair au gris sombre.

Côté secteur 2. Photo : Visionarium.fr

Côté secteur 2. Photo : Visionarium.fr

Coté portes d’embarquement. Photo Visionarium.fr

Coté portes d’embarquement. Photo Visionarium.fr

Et sous l’écran géant, trois lignes de texte, en français, anglais et dans une langue extraterrestre, sont aussi en petits carreaux LCD. Ils sont d’ailleurs très souvent en panne.

Photo du 20 janvier : seule la ligne de texte en français fonctionne. Photo : Visionarium.fr

Photo du 20 janvier : seule la ligne de texte en français fonctionne… partiellement. Photo : Visionarium.fr

Et bien cet écran géant est aussi composé de dalles en cristaux liquides. Je l’avais presque oublié, puisqu’il ne fonctionnait plus depuis des années, il a fallu que des amis me le confirment. À un moment j’ai même fini par voir des carrés opaques devenir transparents et des carrés transparents devenir opaques, mais comme un con, je ne l’ai ni filmé, ni pris en photo : ça s’est passé juste une fois, pile quand je quittais cette salle et sur l’instant je… c’était le soir, j’étais fatigué, et… oui je regrette ! Accessoirement, dans mes souvenirs il y avait des « bugs programmés » sur l’écran, dont certains carrés s’allumaient et s’éteignaient durant les publicités. Mais ça je n’ai qu’une photo glanée sur les Internets pour l’évoquer :

On voit bien les dalles LCD non alimentées, transparentes, où l’image ne se projette quasiment plus. Photo : EndorExpress.net

On voit bien les dalles LCD non alimentées, transparentes, où l’image ne se projette quasiment plus. Curiosité : les colonnes bleues sur le côté, dont les couleurs ont, depuis, passé et viré au verdâtre ; la photo vient pourtant bien de Paris, le texte en dessous étant en français. Photo : EndorExpress.net

C’est un type de dalles LCD qui, quand elles sont opaques, ne sont pas noires, et ne sont pas complètement opaques, mais deviennent grises et laissent passer un peu de lumière : donc les petites ampoules-étoiles sont trop faibles pour se faire remarquer quand l’énorme lampe du projecteur est allumée.

Confirmation avec cette société qui vend des panneaux LCD, et rétro-projette justement un film dessus à partir d’1’02’’ sur la vidéo ci-dessous :

Et le décor derrière ? Les petites ampoules imitent l’espace intersidéral derrière la vitre. Les quadrillages ? C’est plus abstrait, leur but m’échappe. Les Imagineers des années 80 auraient juste trouvé ça joli ?

DONC, le scénario de la file d’attente, vis-à-vis de cet écran, selon moi, est le suivant : Vous entrez dans la file de Star Tours. Sur votre droite, vous apercevez le Starspeeder, et encore plus à droite, une baie vitrée, ou plus exactement immense fenêtre à carreaux, révélant l’espace et ses étoiles brillants de mille feux. Et oui : vous n’êtes pas sur Terre, vous êtes sur une base aéroportuaire de Star Tours, rappelez-vous la fin du film, quand vous revenez sur cet astroport, au beau milieu de l’espace !

Plan à l’entrée de Star Tours. Photo : Visionarium.fr

Plan à l’entrée de Star Tours. Photo : Visionarium.fr

Par moments, certains carreaux s’opacifient. Ça sous-entend que cette fenêtre est de haute technologie, histoire de bien nous rappeler que nous sommes dans le tur-fu. Quand soudain, par surprise, une publicité s’affiche en géant sur toute la fenêtre ! Plus besoin de télévisions dans le futur, les fenêtres deviennent des écrans ! On comprend assez vite que cette technologie fonctionne par blocs : d’une part car les transitions entre les différentes séquence de la pub se font bloc par bloc (en réalité, c’est un montage sur la pellicule).

La transition dalle par dalle, pour faire comprendre que chaque carreau est un écran-vitre du futur. En en capturant in instant on comprend que c’est simplement imprimé tel quel sur la pellicule.  Photo : Visionarium.fr

L’effet de transition dalle par dalle, pour faire penser que chaque carreau est un écran-vitre du futur. En étant attentif (ou en prenant une photo, comme ici) au mauvais alignement du projecteur avec les dalles, on comprend que c’est simplement imprimé tel quel sur la pellicule. Photo : Visionarium.fr

D’autre part, car parfois, un carré de l’écran déconne et s’éteint, laissant apercevoir les étoiles à nouveau. Ce n’est pas très rassurant : espérons que la compagnie Star Tours entretiennent mieux ses véhicules que sa fenêtre-écran ! Fin de la bande-annonce, retour à la vue naturelle sur l’espace.

Reste une question

Pourquoi voit-on le projecteur ? Si l’écran fonctionne comme je le pense, s’il est normal devoir derrière celui-ci, on ne devrait pas voir le projecteur : les Imagineers ont du penser à ça. Oui, et c’est tout con : en temps normal, la régie, la salle où il est installé, est plongée dans le noir. Là visiblement ils ont oublié d’éteindre la lumière. Me permettant de voir le projecteur, à contre-jour, pour mon plus grand bonheur (non mais sérieusement hein !). Peut-être même étaient-ils en train de travailler dessus, ce qui expliquerait que les dalles, fixes lors de mes longues minutes dans la salle, se sont finalement mises à clignoter à un moment donné.

En résumé, alors que depuis des années le film était bêtement projeté sur l’écran entièrement actif en permanence, l’équipe technique de DLP serait en train (tenter de ?) de réactiver le biniou pour célébrer dignement le grand air de la diva.

Mais pour le moment, l’écran à cristaux liquides n’est visiblement pas synchro avec le reste, donc le projecteur serait coupé pour ne pas projeter ses images sur le sol de la salle d’attente (ou bien, ils étaient pile en train de bricoler dessus… en plein jour ?). Le son par contre fait partie intégrante de la bande-son de la file d’attente, donc il reste, et ça ne choque pas quelqu’un qui ne connaîtrait pas, ça donne l’illusion d’être une publicité radio. Et la régie allumée prouve (ou pas, car écran activé on ne la verrait peut-être pas) elle aussi qu’il y a de l’activité là haut. Une présence humaine. Dans l’espace, donc.

J’évoquais plus haut la « complexité hors-normes » de l’attraction : ce seul accessoire de décor en est l’exemple parfait.
Putain, Star Tours, même si la version 2 est bien, toi, l’original, tu vas me manquer.

 

  1. Star Tours a emprunté le simulateur au monde de l’aviation (militaire et de ligne) pour l’adapter au milieu de l’amusement, y ajoutant le besoin de fonctionner non-stop 12h par jour, et d’autres complexités comme les Audio-Animatronics embarqués, le son spatialisé, et le camouflage de toute cette gigantesque technologie derrière des rideaux, des lumières noires, et un scénario véritablement pensé en fonction des capacités de la machine. Aujourd’hui tous les parcs ont des simulateurs, les constructeurs pullulent, mais aucun film n’arrive à la cheville de Star Tours, pionnier et pourtant si parfaitement pensé
  2. Cherchez pas, c’est grammaticalement correct

4 commentaires

  • Je suis moi-même un visiteur régulier de notre DLP.
    J’ai fait Star Tours le 16, dans les derniers tours, jour de fermeture.
    Je l’assures, l’ambiance était vraiment très très particulière.

    Attraction totalement vide, annonces de CM totalement inhabituelles très festives au micro toute la journée, les équipes étaient déchaînées, et 8 guest sur 10 récitait en coeur les spiels d’embarquement ainsi que le dialogue de Rex.
    Un astroport totalement désert et affreusement silencieux où chaque borne d’arcade a été retirée peu avant.
    Un instant très particulier qui je pense a été fêté par les Casts Members de l’attraction lors de la fermeture, notamment avec une soirée privée organisée par le parc avec une conférence et une superbe cérémonie de fermeture en présence de passeports annuels, de cast members et d’actionnaires du parc.

    Pour le projecteur, en réalité, cela fait depuis janvier que la situation est telle.
    Pas d’image, juste le son, et la lumière du local de projection qui donnait lieu à ces fameuses fuites de lumière sur l’écran LCD qui fonctionnais un peu de manière aléatoire.
    Projecteur qui, pour la petite anecdote, était toujours à bande optique. A l’ancienne 🙂

    Dommage que tu ne te sois pas renseigné à propos de Star Tours (bon, il fallait le savoir aussi), mais une salle, nommée « Loge VIP » permet aux guests qui en font la demande (pas tout le temps, faut vraiment avoir de la chance) d’entrer en backstages, et de voir, derrière une vitre, un des StarSpeeders en fonctionnement grâce aux lumières de services du simulateur (simulateur qui est, pour des raisons évidentes de sécurité, inaccessible directement quand il est en fonctionnement, d’où la loge vitrée).
    J’ai moi-même fait plusieurs fois la demande pour y entrer, mais malheureusement, il y avait soit trop de monde, soit elle était déjà en travaux pour la préparation de Star Tours 2.
    J’espère donc faire parti moi-même des privilégiés à pouvoir visiter cette loge VIP lors d’une prochaine visite, en 2017.

    En attendant, désormais, la zone de Discoveryland est une zone morte. Le X-Wing de Star Tours a été retiré, des palissades ont laissé place à la magie de la saga… Avec Discoveryland Theatre qui est un flop total, la zone de Discoveryland est devenue bien triste et très silencieuse.
    Un mal pour un bien, quelque part ! L’année prochaine, c’est un parc tout neuf qui nous attend. Patience…

    Et comme dirait une philosphe du siècle dernier (ben ouai, hein, ça date de 1992, ça nous rajeunit pas) : « Merci, et bon voyââââge. »

    • Merci pour la précision chronologique.

      Mais… sur quoi et à qui aurais-tu voulu que je me renseigne ? 🙂
      La salle VIP, j’ai eu la chance de la visiter il y a quelques mois. Je sortais de un simulateur, un CM détendu passait par là, j’ai demandé au culot, et ça a marché.
      C’était en effet fantastique. Et ça m’a permis de comparer avec le CINAXE de la Villette, qui à l’origine proposait systématiquement à ses visiteurs de assister au tour suivant depuis un balcon similaire (mais pas vitré, on entendait du coup très bien la machinerie).

      • Tu as eu de la chance, en tout cas j’espère qu’ils conserverons cette salle par la suite, car un CM m’a clairement fait comprendre que l’avenir de cette salle est incertain. 🙁

        • Rien ne justifie sa disparition : le passage à Star Tours 2 ne change (je suppose) pas grand chose (j’ai même envie de dire « rien ») dans le hangar du simulateur et ce n’est qu’une porte fermée à clé qu’on peu ouvrir quand on est CM avec du temps à perdre ou guide VIP avec… euh, ben, des VIP.
          Mais en effet on peut juste avoir peur qu’Imagineering Paris, sans raison valable, décide juste de casser le balcon histoire de justifier son salaire ^^

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