« D-Day, Normandie 1944 » le film à la Géode et le match 3D contre IMAX

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Depuis début avril la Géode à Paris diffuse un film inédit sur le débarquement de 1944 : D-Day, Normandie 1944. Projeté habituellement en relief numérique, D-Day est exceptionnellement montré ce week-end en copie IMAX 70 mm : sans relief, mais sur l’intégralité de l’écran à 180° de la Géode. L’occasion était trop belle pour la rater : pouvoir comparer les différentes technologies de la salle, avec le même film, le même jour, dans les mêmes conditions. Et puis découvrir D-Day bien sûr, que je n’avais pas encore vu.

Capture BA du film D-Day, Normandie 1944.

Le film

Production française, D-Day, Normandie 1944 raconte comme on peut s’en douter le débarquement des alliés sur la côte normande. Commençant par évoquer la tentative ratée de 1942 et s’arrêtant avant la libération de Paris (pour ça revoir Paris brûle-t-il ? fera l’affaire), le film détaille les préparatifs de l’opération et développe la progression des troupes quasiment au jour le jour.

Pur documentaire, D-Day offre finalement peu de plans réels. C’est un subtile mélange entre vues aériennes simples où agrémentées de véhicules de combat en images de synthèse, de courtes séquences de fiction illustrant des lectures de lettres d’époque, de dessin-animé en noir et blanc (en fait de l’animation au sable), de cartographies et de photos d’époque.

D-Day_cartographie_normandie

Ça peut faire peur, mais le résultat est d’une lisibilité imbattable. Les cartes notamment, sont très belles. Les fonds sont beaux et leurs animations les rendent particulièrement lisibles, le tout rappelant les jeux vidéo de stratégie. Le réalisateur Pascal Vuong pilote aussi très bien ses survols aériens et scènes de vie dans un pur style IMAX et avec son studio N3D Land les séquences de combat évoquent quelques fois les gimmicks de Michael Bay. Difficile en effet de ne pas penser à son Pearl Harbor (2001) devant un plan mêlant travelling, avions de chasse et couché de soleil. Un tir de roquette au ralenti et j’ose la comparaison avec Transformers. Les illustrations en sable animé sont très jolies également mais je n’en ai pas vraiment compris le sens pendant le film (en fait montrer la mort de façon détournée, pas con). Le tableau est complété de photos d’archives doucement animées pour leur donner de la profondeur, un effet désormais classique ici bien mené. Il y a d’ailleurs de l’animation partout dans D-Day, jamais d’image vraiment fixes notamment, avec toujours au minimum un très léger déplacement, ou bien ce chapitrage en CGI présenté façon livre pop-up lui aussi très élégant.

La narration est assurée par François Cluzet et Blanche de Saint-Phalle. Cluzet passe bien, il fait un peu son Droopy quelques fois, mais aidé d’un texte aussi clair que les cartes, il assure le job de façon respectable. À ses côtés Blanche de Saint-Phalle assurant le reste des explications est parfaitement parfaite. Tous deux nous offrent une prestation bien au dessus de la moyenne à laquelle nous habituent les films IMAX étrangers doublés selon les cas par la Géode avec une star choisie pour sa célébrité ou par les Canadiens (des VQ que j’adore™, mais à la sonorité un peu particulière et même particulièrement reconnaissable).

Indispensable au plaisir pris devant D-Day, sa musique composée par Franck Marchal m’a mis dans tous mes états. Typiquement militaire, elle m’a replongée dans mes parties de Medal of Honor sur PlayStation (compositions de Michael Giacchino, production Spielberg, même si en fait le style de Giacchino dans ce jeu était bien plus posé). L’imposant équipement sonore de la Géode est superbement exploité par le film : les ventres grondent, les tissus frémissent, la spatialisation est très active, bref on en prend plein les oreilles.

D-Day, Normandie 1944 est un documentaire atypique, qui ose multiplier les styles de narration pour dépasser son statu de documentaire. Ni totalement film panoramique comme on en connait tant, ni totalement livre d’histoire, D-Day jongle avec les images et maintient ainsi l’intérêt du spectateur. Si j’aurais aimé quand-même un peu plus de panoramas « à la IMAX », le résultat est frais et renouvelle un genre ayant tendance à ne jamais se remettre en question.

Projection 3D numérique

D-Day, Normandie 1944 à la Géode est diffusé en relief, par un projecteur numérique dont l’image se concentre sur le centre du dôme. Et des lunettes actives Xpand. Ma précédente expérience en relief à la Géode datait d’Océanosaures 3D (du même réalisateur) et j’en garde un mauvais souvenir. Depuis l’équipement a été partiellement changé, à l’occasion de la sortie de Samsara. Un projecteur Christie 4K (c’est du haut de gamme) assure une image plus nette, plus lumineuse et surtout un peu plus grande, qui tient plus où moins dans le cadre des lunettes depuis le haut de la salle et sait donc se faire à peu près oublier pendant la séance.

Qu’en est-il avec D-Day ? C’est pas mal.
Si du point de vue des graphismes, de la musique et de la narration le film offre un spectacle de très bon goût, il en est de même pour le relief : jamais gênant, tout est plaisant à regarder et bénéficie d’un soin appréciable. Tout particulièrement les photos d’époque, dont le traitement légèrement animé gagne une profondeur que je qualifierai de vraiment chouette ! La finesse du projecteur offre également un rendu très agréable de la cartographie, avec des textes parfaitement lisibles quelque soit leur taille.

D-Day_reunion

Hélas, trois fois hélas, les limites de la Géode en matière de relief sont encore là : entre le choix des lunettes à cristaux liquides et son écran conçu pour ne pas trop renvoyer la lumière (étant courbe, le côté de l’image pourrait se refléter sur l’autre côté de l’écran, c’est inhérent à l’OMNIMAX et ses 180°) et malgré le nouveau projecteur, l’image reste extrêmement sombre. Au point d’en boucher complètement certains plans. Prenez par exemple un survol de ville normande, vous pouvez-être sûr de ne pas pouvoir admirer le clocher à contre-jour : il sera quasiment noir. Ça marche aussi quelques fois avec les arbres ou les avions attaquant de nuit.

Projection OMNIMAX

L’OMNIMAX, c’est le fondement de la Géode : une bonne vielle pellicule IMAX de 70 mm projetée à travers un énorme objectif sur un écran en demi-sphère.

Qu’en est-il avec D-Day ? Ce n’est pas parfait, mais ça a de sacrés arguments !
L’image est géante déjà, forcément. Tout est plus grand, et ce n’est pas copier/coller l’argumentaire d’IMAX que de dire qu’on se retrouve ici au cœur de l’image : l’objectif Fisheye esquive naturellement les angles des photogrammes et on se retrouve, véritablement, au cœur de l’image ; c’est particulièrement sensible durant les scènes de vie. Les cartographies prennent elles aussi une autre dimension et les vues les plus larges, à l’échelle du globe terrestre, offrent la sensation d’être devant un film de la NASA (l’habitude, en IMAX, que voulez-vous ;-)) ! Cerise sur le gâteau, le transfert sur pellicule adouci les scènes de combat en CGI : les avions deviennent beaucoup plus tangibles, ces séquences gagnent énormément en réalisme.

D-Day_scene-exterieur

Alors, parfaite cette version IMAX ? Pas complètement. L’origine numérique du film se fait sentir sur les plans aériens : je ne sais pas quelles caméras ont été utilisées, mais ces images manquent furieusement de piqué. Le bruit numérique est bien mis en avant par le gonflage IMAX et la compression numérique est même décelable par moment. C’est dommage puisque les vues panoramiques sont un petit peu la base, l’essence des films IMAX et que les cadres sont très réussis. Pour reprendre l’exemple spécifique des clochers dans les villages, beaucoup trop sombres dans la version 3D, certes ils sont plus lumineux dans ce tirage IMAX, mais ils n’offrent aucun détail : nos yeux ne pourrons jamais se porter sur la pierre, une gargouille, une tuile ou quoi que ce soit. La caméra numérique qui a enregistré les images n’était pas à la hauteur pour un transfert sur pellicule 70 mm. Des solutions existaient surement, puisque Jerusalem utilise plusieurs techniques différentes dont des caméras RED et que Born to be Wild avait testé sur quelques plans un prototype de caméra numérique IMAX qui m’avait semblé bien s’intégrer dans le film. Des solutions surement plus onéreuses, un peu trop sans doute pour une production française.
Qu’à cela ne tienne, D-Day offre une multitude d’images différentes et si les panoramas trinquent un peu, le reste du film est sublimé par le format IMAX.

Conclusion

Alors comment faut-il aller voir D-Day, Normandie 1944 ?
En IMAX bien sûr, si vous en avez la possibilité. Je m’amuse de constater (enfin, une fois de plus) que les adjectifs qui me sont venus pour décrire la version IMAX sont en général ceux utilisés par les promoteurs de la 3D : être dans le film, plus grand réalisme, … Mais il va falloir faire vite : programmé seulement ce week-end, il ne reste que deux séances à l’heure où est publié cet article : dimanche 24 et lundi 25 août, à 19h30. La projection de lundi soir sera suivie d’une séance de questions/réponses avec l’équipe du film (productrice et réalisateur, de mémoire). Après il sera trop tard. En plus, vous vous affranchirez des lunettes actives (les porteurs de lunettes de vue parlent aux porteurs de lunettes de vue).

Fort heureusement la version 3D n’est pas à jeter, loin de là, la finesse de projection, et la qualité du relief au service du traitement artistique du film en font pour moi une référence dans le domaine des documentaires.

Enfin, un dernier paragraphe pour dire que je n’ai pas perçu la musique de la même manière durant les deux projections. Pourtant diffusée depuis une source numérique dans tous les cas, j’ai trouvé la version 3D plus percutante, plus pointue dans sa spatialisation, et la version IMAX plus englobante. j’étais assis exactement à la même place (bon, à un fauteuil près).
C’est surement mon imagination. L’habitude, tout comme le fait que le film ait semblé passer plus vite la seconde fois, en IMAX. Pourtant j’aimerai bien en savoir plus, sur l’encodage, la compression, tout ça. Ça pourrait être intéressant.

Mais pour l’instant je peux juste dire que j’ai, de pas grand chose, préféré le son de la version 3D. Et ça me rend fou de ne pas savoir si c’est dans ma tête ou s’il y a une vraie différence 🙂

La bobine de D-Day chargé sur le projecteur OMNIMAX de la Géode en sortie de projection.

La bobine de D-Day chargée sur le projecteur OMNIMAX de la Géode en sortie de projection.

Bref D-Day, allez-y, et si vous êtes en forme, courrez-y : dernières séances en IMAX les 24 et 25 août 2014 à 19h30 ! Ensuite retour au numérique.

Je vous laisse avec un petit lien vers le site officiel du film, particulièrement joli, et la bande-annonce :

Un commentaire

  • Simplement, bravo et merci.

    La question reste en suspend: quelle est la version que le grand public, notamment scolaire, appréciera le plus?
    Nous devrions avoir la réponse à la rentrée! 😉

    Et juste pour info, je me trouve actuellement aux Etats-Unis pour, là aussi, fêter dignement, avec des projections spéciales de « D-Day: Normandy 1944 », le 70eme Anniversaire de la Libération de Paris.

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