Steadicam du pauvre : fabriquer un stabilisateur simple et pas cher, projet numéro 1

Depuis que le Cinéma existe, l’Homme n’a qu’une idée en tête : stabiliser sa caméra quand elle n’est pas posée sur un trépied. Pour ce faire, il n’y a pas trente-six solutions, il n’y en a que trois : le Steadicam (et non Steadycam comme on l’écrit parfois), le vrai le seul l’unique, inventé dans les années 70, adapté aux caméras professionnelles, hors de prix et nécessitant une grande maîtrise. Ses différents concurrents, parfois de simples poignées aux formes tarabiscotées, mais toujours un peu chères, rarement au dessous des 100 euros. Et le Do It Yourself, qui consiste à bricoler dans son garage des modèles similaires, le moins cher possible. Et à les présenter sur le web, ça va de soit.

Actuellement je filme avec deux dispositifs : un appareil photo compact Panasonic DMC TZ-10 et une caméra sportive Sony Action Cam AS15. De petites choses difficiles à tenir sans leur transmettre la moindre vibration du corps. Perpétuellement à la recherche de la prise en main idéale, c’est en 2011, en pleine affaire DSK, que j’ai découvert un engin absolument génial : le volant stabilisateur. Alors que BFMTV diffusait en boucle les mêmes images de Dominique Strauss-Kahn, l’une d’entre elles attira mon attention : une nuée de journalistes entourait DSK, et parmi eux un type tenait une espèce de roue de vélo avec sa caméra fixée au milieu. Après recherche, ça s’appelle un Fig Rig et c’est une invention commercialisée par le géant Manfrotto.

Un modèle fabriqué par Manfrotto.

Le Fig Rig Manfrotto à 300 dollars.
Le modèle de base commence à 160 dollars ou 220 euros sur Amazon.

 

Bon sang mais c’est bien sûr ! C’est l’évidence même. Les mains éloignées de la caméra, le poids bien concentré au centre du volant, de larges possibilités de préhension, … ce système me semble n’avoir que des avantages. Et l’affaire DSK aurait au moins servi à quelque chose. Comment transposer ça à mon niveau, pour améliorer la prise en main de l’appareil photo compact qui me sert de camescope HD, et en dépensant le minimum ? Entrons dans le vif du sujet.

Voici mon œuvre, ma création, mon bébé : ma poignée stabilisatrice.

Papalapa, papapa, papapa, papapa, palapaaaaaa !

La fabrication

Pour réaliser un mini volant stabilisateur, il vous faut :

  • un volant de Wii ouvert en haut, façon KITT dans K2000
  • un support d’APN pour vélo à scratch
  • un Dremel ou autre outil électrique
  • une lime
  • une dragonne de Wii
  • une vielle nappe

Un volant de Wii se trouve à peu près partout, mais le notre doit impérativement être un modèle au cercle pas totalement fermé, « à la KITT » afin de ne pas gêner le positionnement de la caméra. Les Chinois de DealExtreme en ont pour moins de 4 euros si vous n’êtes pas pressés (livraison gratuite en un à deux mois quelque fois).

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Le support d’APN pour vélo (et casques) avec ses scratchs si pratiques se trouve un peu moins facilement en magasin, mais sur internet eBay est là et moins cher que DealExtreme. Encore envoyé depuis l’Asie, il faudra être patient. Mais ça ne coûte que 5 euros.

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Pour la dragonne, c’est une question de sécurité. Il est risqué de fabriquer un tel montage sans assurer la sauvegarde de notre précieux matériel. Une dragonne simple n’offre aucune garantie dans certaines conditions (j’ai vu la dragonne quitter mon poignet pour venir se poser sur l’APN alors que je filmais dans un grand huit : elle n’était plus d’aucune utilité) donc préférez les modèles pour Wiimote. Là encore si on trouve des modèles tout bêtes avec une simple boucle de plastique pour resserrer la lanière autour du poignet, préférez les modèles qui se verrouillent, comme l’original de Nintendo ou celui-ci de Big Ben (que j’ai trouvé pour quelques euros dans un bac de soldes à Carrefour). « Safety First » !

Je sécurise tous mes objets. Même mon téléphone, non seulement pour filmer mais également pour tous les jours, étant particulièrement maladroit. Ici mon APN a même deux dragonnes, c’était pour un jour particulier, d’ordinaire je n’en utilise qu’une.

Je sécurise tous mes objets. Même mon téléphone, non seulement pour filmer mais également au quotidien, étant particulièrement maladroit.
Ici mon APN a même deux dragonnes, c’était pour un jour particulier, d’ordinaire je n’en utilise qu’une.

Vous avez tout le matériel, ne reste plus qu’à bricoler et c’est hyper simple. Dernière étape de préparation : déployez la vielle nappe pour ne pas abimer votre belle table, quitte à faire comme moi des photos de mauvais goût aux arrières-plans fleuris. « Safety First » toujours !

Le port de lunettes de protection est recommandé.

Le port de lunettes de protection est recommandé.

La fabrication est des plus simples et on parlera plus d’adaptation. J’ai découpé au Dremel le haut du logement de la Wiimote, pour ne garder qu’une poutre de plastique en bas. J’ai ensuite limé les découpes pour plus de confort et éviter de rayer mon matériel.

Découpé, poncé, nappe colorée.

Découpé, poncé, le port des lunettes de protection est toujours conseillé.

Ensuite il ne reste plus qu’à visser l’APN sur le pas de vis du support pour vélo et de scratcher l’ensemble sur le volant.

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Les plus avertis auront remarqué que les scratchs sont mal positionnés, l’appareil basculerait en arrière si je soulevais le volant.

Le résultat

Vous obtenez une poignée extrêmement pratique pour cadrer, qui se tient à une ou deux mains, dans toutes les directions. Se filmer soit-même est un jeu d’enfant, cadrer à bout de bras, voir du bout des doigts dans des positions incongrues devient d’une facilité déconcertante. Le contrôle du zoom est directement accessible sans lâcher la poignée et tous les boutons restent facilement accessibles.

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La démo

C’est bien beau tout ça, mais il reste encore à le prouver. Petit test en vidéo réalisé à la va-vite au Jardin du Luxembourg, vous me pardonnerez les couleurs étranges :

 

Les inconvénients

Ce qui n’est pas facilement accessible en revanche, c’est la trappe de la batterie. C’est le seul défaut de mon montage : pour changer la batterie je dois tout démonter. Détacher les scratchs, dévisser l’APN, puis la même chose en sens inverse pour être de nouveau opérationnel. Ça ne prend pas un temps fou, mais c’est un petit peu frustrant, surtout à cause des scratchs qui s’emmêlent toujours. Mais ce problème ne se pose pas avec tous les matériels, les mini caméras type GoPro qui peuvent être extraites de leur coque waterproof sans les retirer du pas de vis. Aucun soucis donc avec mon Action Cam.
L’objectif n’est pas non-plus parfaitement centré dans le volant, loin de là. C’est inévitable pour l’appareil photo. En ce qui concerne les caméras d’action, je pourrais couper la totalité de l’emplacement de la Wiimote pour fixer l’Action Cam sur le bas du volant : l’objectif serait bien mieux centré mais le volant bien plus fragile. J’essaierai à l’occasion, j’ai d’autres volants en stock.

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On peut aussi imaginer visser une rotule à fixation rapide dans le bas du volant, mais cet accessoire coûte déjà un petit peu plus cher. Les grands bricoleurs pourront aussi fabriquer un engin plus proche du véritable volant Manfrotto, de nombreux tutos sont disponibles sur les Internets. On trouve aussi des modèles industriels moins chers que l’original, comme celui-ci à 50 euros sur eBay, mais attention aux frais de ports (ici ils doublent le prix du volant, ça n’a plus d’intérêt).
Pour ma part, j’ai depuis planché sur un autre système, plus cher mais avec zéro travail de fabrication, qui possède ses propres avantages et inconvénients. Je vous en parlerai dans un prochain article (mise à jour : article en question en ligne : Steadicam du pauvre : projet numéro 2).

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