Saving Mr. Banks (Dans l’ombre de Mary), avec Tom Hanks

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On pourra dire qu’on l’aura attendu ce Saving Mr. Banks. L’idée d’une nouvelle performance de Tom Hanks, ici grimé en Walt Disney, additionnée au plaisir de voir une œuvre dérivée du film Mary Poppins et donc l’opportunité de se replonger dans son ambiance (comprenez, ses musiques) était réjouissante.
Manque de bol, le film est bancal et la publicité qu’en fait la Walt Disney Company plutôt gerbante.

La communication déjà : on nous promettait « l’histoire vraie » de l’acquisition des droits du livre Mary Poppins par Walt Disney. Manque de chance tous ceux qui connaissent un tant soit peu la véritable histoire auront vite fait de vous dégoûter de Saving Mr. Banks : le film nous présente une P.L. Travers (l’auteur) glaciale, vielle fille torturée par le souvenir de son père alcoolique, coincée du cul comme de tous les orifices.
Quand on apprend au détour de nombreux articles de connaisseurs (l’excellent et fort instructif texte de @CaptainMarv par exemple, un des plus complets) qu’elle était mère adoptive bisexuelle avec de l’humour et que son père n’était pas un alcoolique notoire, ça casse tout l’intérêt que l’on pouvait avoir à aller découvrir le film.

Mais admettons. Disons qu’on a pas entendu la com’ de Disney, disons qu’on a pas vu les affiches dans le métro qui reprenaient les articles dithyrambiques de la presse française citant elle-même le communiqué de presse de Disney (puisque saluant toutes la formidable histoire vraie se déroulant à l’écran). Admettons dis-je : ça reste un film, une pure fiction donc, sur la création de Mary Poppins, cette formidable comédie musicale aux chansons définitivement cultes, aux effets spéciaux détonnants et aux acteurs mémorables. C’est dans cet état d’esprit que je partais voir le film. Et c’est assez excité que je m’installais près du mur dans une petite salle de 100 places bondée alors que le film n’avait pas bien fonctionné en première semaine. Cette foule faisait plaisir, c’était requinquant, j’allais voir Tom Hanks en Walt Disney, j’allais entendre de chouettes chansons, voir une chouette reproduction des années 60, et même que j’allais m’amuser, la bande-annonce ayant ses grands-moments !

Hélas. Saving Mr. Banks est plombé par ses va-et-viens permanents entre les années 60 et l’enfance (romancée) de P.L. Travers. Des flashbacks longs et répétitifs pour bien nous montrer ô combien le père de l’auteur est alcoolique. Chiantes à mourir, ces scènes ont en plus la mauvaise idée de venir s’intercaler non pas entre les séquences 60’, mais en plein milieu : parce que voyez-vous, P.L. Travers a eu une enfance très, mais alors très très, malheureuse. Du coup, chaque instant de sa vie est pour elle l’occasion de se remémorer un souvenir triste. Les parallèles entre ce qu’elle vit dans les années 60 et ses souvenirs d’enfance sont tellement énormes que j’en viens à penser qu’il s’agit plus d’une histoire de mondes alternatifs, genre Sliders, que d’époques différentes. Travers jeune et Travers adultes ont deux vies similaires en parallèle dans le film, comme deux âmes sœurs, comme une même personne dans deux mondes parallèles. Ça en devient ridicule.

Au delà du ridicule de ces situations, ces flashbacks cannibalisent ce qui aurait du être l’histoire de l’achat des droits du film dans les années 60. Par exemple, vous allez voir les frères Sherman commencer à présenter une idée, Travers va se plonger dans ses pensées, long flashback sur un jour où son père allait boire, buvait ou avait bu, et quand revoilà les années 60 Travers pleure ou s’énerve, au choix, mais dans tous le cas elle se casse et la scène est terminée. Tout le film est construit de la sorte et il offre donc peu de place à tout l’univers promis. Ces moments dans les bureaux de Walt Disney Productions permettent quand-même de respirer en offrant pas mal d’humour, mais là encore rien que par petites piques, la blague des frères Sherman cachant la partition de Supercalifragilisticexpialidocious dans la bande-annonce en étant le mètre étalon.
Il ne faut donc pas croire qu’on aura ici un making-of de la création de Mary Poppins. Les détails sur la conception du film sont extrêmement maigres, se réduisant à l’existence des frères Sherman, à deux ou trois concept arts aperçus quelques secondes et à l’évocation du nom de Dick Van Dyke. Au point qu’en comparaison, le Hitchcock de Gervasi (2012) passe pour un documentaire avec ses quelques plans réjouissants en studio sur le tournage de Psychose. C’est ainsi à chaque scène. Tout espoir d’entendre une chanson en entier ou de voir un minimum de brainstorming sur Mary Poppins est annihilé par un flashback montrant une scène de pure fiction où le père de Travers sombrer dans l’alcool et dont on a rien strictement à foutre.

De fait, cette manie insupportable détruit chaque scène du film et gâche le seul bon point restant : Tom Hanks. L’acteur est ici transfiguré et presque méconnaissable. C’est bien Walt Disney que l’on voit, il n’y a pas de soucis là dessus. C’est même lui qu’on entend. Seulement comme pour la recréation des années 60, comme pour la création du film Mary Poppins, il est regrettable de ne pas le voir plus. Il reste quand-même l’élément le moins parasité par les flashbacks et également en quelque sorte le moins édulcoré par la pudibonderie moderne : si on imagine aisément que Walt Disney était un redoutable homme d’affaires une fois les caméras éteintes, le film qui s’interdit de montrer le moindre personnage en train de fumer évoque quand-même son tabagisme de façon détournée. Alors oui c’est vraiment un détail, c’est loin d’être suffisant vu ce qui entoure cet homme (je vous renvoi vers l’article sus-nommé pour évoquer les heures les plus sombres de son histoire), mais à côté d’une P.L. Travers dont la bisexualité et la maternité sont passées à la trappe pour faire pleurer dans les chaumières, ça devient presque un miracle qu’il faut chérir. Nous en sommes là. C’est dire si Saving Mr. Banks est bien pourri.

Saving Mr. Banks n’est ni un film sur la création de Mary Poppins, ni un film sur Walt Disney, ni même un biopic lourdingue. Ce n’est qu’une histoire à l’eau de rose à propos d’une vielle fille ayant pris le complexe d’œdipe un peu trop au premier degré qui rencontre un psychologue de comptoir en fait intéressé par sa fortune. Le titre français est de fait très mal choisi : Mary reste tout le temps dans l’ombre.

Dans l’ombre de Mary, 1,5/5 étoiles sur Vodkaster.

2 commentaires

  • Et donc, le fait qu’elle soit bisexuelle et mère en ferait automatiquement une bonne personne?
    Quid de son fils adoptif à qui elle a interdit tout contact avec son propre frère jumeau?
    Et certes son père n’est pas mort de l’alcoolisme, comme le « croit » la petite P.L. Travers/Gintie/Helen, mais d’une grippe, sauf qu’il buvait, oui, et que longtemps, elle aura été persuadé de ça.

    Le film n’est pas un documentaire, prend des libertés, et la véracité historique n’est pas toujours là. M’enfin de là à prétendre que P.L Travers était une enfant de choeur, c’est aussi bien mal connaître la femme.

    • Merci pour ton commentaire Crystal. Bonnes remarques. Non bien sûr, ça n’en fait pas une bonne personne.
      À vrai dire, si je ne comprend pas le parti pris de prendre cette histoire vraie pour en faire quelque chose d’ultra romancé pour ensuite la vendre comme une histoire vraie-de-vraie, ça ne devrait pas influencer mon avis sur le film, en tant que film. Et j’étais franchement parti optimiste, en étant alerté sur ce point et en espérant encore y trouver autre chose (de pas forcément très bien défini dans mon esprit, mais en gros, de quoi satisfaire le Disneyfan que je suis : un clone de Walt, une plongée dans l’âge d’or des studios, une spooonful de Mary Poppins).

      Seulement la jeunesse de leur petite Gintie là, je n’en ai hélas rien eu à faire. J’ai trouvé ça très très lourd, extrêmement répétitif. Comme dans Titanic on sait comment ça se termine. Mais Saving Mr. Banks nous y amène avec de très gros sabots, là où Cameron raconte des milliards de petites choses pour nous intéresser (même Avatar avec son scénario de 3 lignes est plutôt captivant du début à la fin).

      Je me suis ennuyé, j’ai trouvé le temps long (et franchement je pense que presque 2h en ayant si peu de choses à dire, ce n’est pas qu’une impression : c’est trop long). Du coup je pense qu’il y avait mille fois mieux à faire avec ce sujet. Ne pas se focaliser sur la jeunesse de Travers, OU le faire en quasi-documentaire (biopic), OU s’orienter sur les coulisses de la création du film, … n’importe quoi d’autre que cette version cinéma de la Petite maison dans la prairie.

      Pour en revenir à Travers, montrer une bisexuelle tortionnaire avec un fils adoptif aurait eu le mérite d’être original. À la place nous avons une caricature prévisible et inintéressante.

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