Le coup du distributeur

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Qui n’a jamais été confronté à un distributeur automatique récalcitrant ? Ces machines tellement sensibles, parfois malmenées aussi, qui, tantôt vont coincer votre produit dans un endroit improbable (« papa, regarde, la bouteille est restée en équilibre contre la vitre ! »), tantôt vont littéralement vous ignorer (« Je… j’ai… me serais-je trompé quelque part… »). Parce que ça m’est encore arrivé dimanche dernier, récit de mes dernières rencontres malheureuses bien que totalement volontaires avec ce que l’Homme a créé de pire juste derrière Skynet et pour qui on aimerait qu’Asimov ai écrit une quatrième loi de la robotique concernant le sens du service envers le client, j’ai nommé l’automate à confiseries. 

Dimanche matin j’allais voir Twixt de Francis Ford Coppola à la Cinémathèque. Du coup le soir en rentrant de Paris, c’est con mais j’avais envie d’un Twix. Très con. Sur le quai en attendant mon train j’ai craqué et bien sûr le distributeur n’a pas fonctionné correctement.

La dernière fois que ça m’est arrivé, c’était il y a trois ans à Vulcania. Le parc gère lui-même ses (vieux) distributeurs, et récupérer mon argent n’avait pas été de tout repos. Je vous livre le récit de cette aventure, extrait d’un trip-repport jamais terminé sur ma journée au parc (c’est donc une totale exclu d’une rocambolesque journée à Vulcania :

 

Je vais aller me manger un Mars au distributeur du coin, dans le hall de ce niveau -4 (à Vulcania le visiteur n’a accès qu’aux étages pairs. Les étages impairs, de faible hauteur, comportent des bureaux et zones techniques, mais sont mentionnés sur le plan pour mieux perdre le visiteur).

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Un vieux distributeur blanc, bien moche. J’arrive, je repère les Mars, je tape le code une première fois pour m’assurer qu’il n’y aura pas de problème : le prix s’affiche, ok. J’insère ma monnaie, je retape mon code.
Mais la vis sans fin ne tourne pas ! Râh putain ! La vis sans fin n’a pas tourné, l’écran fait comme si tout s’était bien passé, quand j’enfonce le bouton de rendu monnaie il fait un bruit de tondeuse à gazon, … la machine me snobe !
Heureusement, des employés sont juste à côté de moi, et justement en train de démonter un distributeur automatique de bâtonnets glacés !
– Excusez-moi monsieur, j’ai mis 1 euro dans le distributeur, là, derrière moi, et rien n’est sorti. Le retour monnaie ne fonctionne pas, rien ne réagi, rien n’a bougé, c’est comme si je n’avais pas payé, qu’est-ce que je fais ?
– Euh… J’appelle la personne concernée… (il téléphone…)
Oui, alors, pour le remboursement, faut que vous alliez à la cafétéria : vous remontez au -2, vous prenez l’escalier, vous faite demi-tour vous traversez le hall, vous passez devant l’accueil, vous prenez l’ascenseur, montez au +2, vous prenez à gauche derrière vous, et sur votre gauche encore vous avez la cafétéria et vous demandez Sam.
– Euh… oui… Non en fait j’ai rien compris, mais j’ai un plan et un bon sens de l’orientation, je vais trouver ne vous inquiétez pas… (en fait, j’ai peur, le suis pétrifié, traumatisé, blessé dans mon amour propre aussi, mais je ne le montre pas).

Donc déjà, je remonte au -2. L’occasion de découvrir un peu le niveau, le plus grand de tous. Je découvre l’accueil, j’étais passé devant sans le voir en arrivant. Un grand comptoir rond, derrière lequel s’érige un beau mur de pierre, façade pour les trois ascenseurs.
Je regarde le plan, je ne trouve pas la cafet’, je demande à l’accueil, j’appelle l’ascenseur, j’attend l’ascenseur, je sort au +2… Je doute… Droite, gauche… Aller, gauche : BINGO !
Ah, ok, je ne trouve pas ce que le personnel appel la cafétéria car c’est officiellement le « bar » et d’ailleurs c’est juste un comptoir et quelques tables. Les restaurants (dont un style caféréria mais officiellement appelé restaurant… putain j’en ai marre) sont à l’étage du dessus… Le +4 ? Et non, raté, le +3 😀 AAAAH JE DEVIENS FOU !

Oui, bon, le bar. Une jeune femme se trouve derrière, au téléphone, tenant une conversation qui ne m’apparait pas comme follement professionnelle. Et c’est bien connu, plus une conversation est personnelle, moins l’employé sera enclin à l’interrompre pour s’occuper de vous. L’angoisse monte alors d’un cran… Mais non, elle s’intéresse à mon cas, *CHANCE* !
– Bonjour, je cherche Sam.
– C’est moi.
– Ah. (déjà, la honte, j’avais pas du tout pensé que ce pouvait être le diminutif d’un prénom féminin, depuis quand suis-je un gros matcho ?) Votre collègue vous a appelé pour mon problème de distributeur de confiseries et…
– C’est un distributeur de glaces ?
– Non, de confiseries, c’est pour un Mars.
– Ah ce n’est pas mon service…
– (gniiiiiii…)
– …redescendez…
– (IIIIIIIIII…)
– …au -2, allez à l’accueil…
– (MAIS J’EN VIENS ! [réplique d’Astérix dans les Douze travaux d’Astérix, scène de la Maison qui rend fou])
– …ils vous rembourserons.
– (extérieurement plus calme que jamais) Mais… Vous êtes sûre ? Bon ok.
– Vous prenez l’ascenseur derrière le couloir et…
– Non mais je connais, c’est bon, j’en viens juste, merci beaucoup. (GNIIIIIIIIIIII !!!!!)

De retour au point accueil, « re-bonjour, en fait c’est à vous que je dois demander »…
C’est la première fois que je me faisais rembourser d’un distributeur mesquin. C’est une expérience étonnante, sans doute plus proche d’une garde à vue au commissariat que de la visite d’un parc d’attractions…
Remplissage de formulaire avec force détails (description du produit, code de sa case dans l’appareil), déclaration sur l’honneur que j’avais bien été spolié de mon euro et photocopie de ma carte d’identité !
Me voilà enfin remboursé et je vais tenter ma chance dans un distributeur du niveau -2… Si ça foire, je serais plus proche de l’accueil 😀

De l’insertion de ma première pièce à la récupération du Mars deux étages plus haut, ça m’aura pris 25 minutes ! Mais je reconnais que ça m’a un peu aidé à comprendre l’architecture du lieu et que cette plongée dans la folie à l’était brut restera un grand moment.
Si comme Jean-Luc Delarue vous voulez arrêter la cocaïne, essayez Vulcania, c’est extrêmement puissant. Une hallucination sur 5 étages.

 

Après mon passage, le parc a ajouté une affichette. Après mon passage.

Après ma mésaventure, le parc a ajouté une affichette. Après ma mésaventure.

 

Quatre ans  sans embûches plus tard (ce qui est plus qu’honorable dans la jungle des distributeurs).

 

Les distributeurs automatiques de la SNCF et de la RATP, quand à eux sont gérés par Selecta, marque célèbre pour tout parisien et pour n’importe quel usager de la SNCF partout en France. Je leur ai envoyé un e-mail. En attendant une réponse (qui devrait être positive, un ami m’a expliqué qu’ils remboursaient en timbres Poste), je vous copie/colle mon SOS.

 

Madame, Monsieur

Je vous écris car un de vos distributeurs vient de me « voler » 2 euros.
Hier dimanche 19 mai 2013, vers 17h28, j’ai voulu acheter un paquet de Twix dans un distributeur en gare RER C de Bibliothèque François Mitterrand, distributeur situé au centre du quai A.
J’ai mis ma pièce de 2 €, entré le code (30) du produit (lot de 2 sachets de Twix pour 2 euros), le convoyeur est monté, le paquet est bien tombé dedans… hélas la hauteur du lot de 2 Twix est juste assez grande pour tenir à l’horizontal sur le convoyeur, mais en frottant suffisamment sur les bords pour ne pas pouvoir avancer, dans certaines conditions ici réunies.
Le tapis roulant du convoyeur a fait plusieurs allers-retours, en vain. Le lot de 2 Twix tremblait sur place, sans avancer ou reculer, hélas.
Deux fois hélas, puisque malgré ce qui semble être une détection du problème par l’automate (les allers-retours du tapis), celui-ci ne m’a pas remboursé, la trappe s’est ouverte mais il n’y avait ni Twix (normal) ni monnaie dans le réceptacle.
J’ai pressé le « R« , à plusieurs reprises, la trappe s’est ouverte à chaque fois, sans monnaie.
J’ai ensuite cherché une étiquette avec un numéro de téléphone et (éventuellement) un identifiant de la machine, mais je n’ai rien trouvé.
Ni sur ce distributeur de sucreries, ni sur le distributeur de boissons au dos de celui-ci.
En remontant la totalité du quai j’ai trouvé un autre distributeur de boissons avec une étiquette, comportant numéro de téléphone et identifiant.
L’identifiant étant (forcément) différent et mon cas ainsi un petit peu compliqué, j’ai préféré vous écrire. Je peux ainsi en plus vous fournir les photos de l’appareil. Que voici :
Mon paquet Twix une fois le convoyeur redescendu tout en bas de la machine :
selecta_twix1
selecta_twix2
Le distributeur, visiblement sans étiquette d’immatriculation / numéro de téléphone :
selecta_twix_machine
Je souhaite donc être remboursé de mes 2 euros.
Ainsi que vous avertir sur le format de ces paquets de Twix inadapté à la taille du convoyeur. Ceci n’est pas sans me rappeler le classique coup de la bouteille qui reste en équilibre entre le bord de son rayon et la vitre de la machine, sur les anciens modèles de distributeurs avec la grande trappe en bas ^^
Je pense vous avoir donné toutes les informations nécessaires, toute fois n’hésitez pas à me demander des précisions si c’était nécessaire.
Cordialement, mais un peu frustré quand-même (j’avais faim !),
Timekeeper
PS : Si une référence peut vous aider à localiser la machine, le numéro d’identification de l’appareil à café au bout du quai est le REB83 n° 1302455. Ceci est le numéro de la machine à café au bout du même quai, et non celui de mon distributeur de friandises.
PS2 : Courriel envoyé en copie à la SNCF, pour information.
J’ajouterais que le numéro de Selecta est un 01, non-surtaxé, c’est normal mais tellement rare de nos jours que ça mérite d’être souligné.
Et que je me suis trompé sur l’emplacement du distributeur. Le quai A n’existe pas, ils n’ont pas de nom j’ai l’impression, il n’y a que des voies. En l’occurrence c’est entre les voies E et F. On ne fait jamais attention à ça, quand les trains arrivent toujours sur la même plateforme. Et je n’aurais pas du avoir à préciser le quai si le distributeur avait été étiqueté correctement.
Et maintenant, il n’y a plus qu’à attendre la suite des évènements. Y’a plus qu’à…

 

[mise à jour]
Le 5 juin, soit quinze jours après mon courriel et alors que je commençais à m’inquiéter, j’ai reçu une lettre de Selecta :
Courrier de remboursement Selecta
Comme prévu, le remboursement se fait en timbres. Notez que le courrier dit me rembourser 2,20 €. Au départ je pense que c’est à cause du prix des timbres, ça ne tombe pas juste, donc ils arrondissent au dessus.
Cinq timbres Ecopli 20 grammes. Valeur actuelle : 56 centimes. Ça fait donc 2,80 euros. Pour arriver à 2,20, Selecta a dut acheter un gros stock de timbres en 1896, quand ils coutaient 40 centimes. Ou alors ils voulaient m’en envoyer 4 (2,24 euros) et en ont mis un de trop. Peut-être même que l’employé préposé aux réponses à la chaine ajoute systématiquement un timbre pour emmerder son employeur qui lui a refusé une augmentation. Mystère.

Autre chose importante : j’ai eu le temps d’observer un autre distributeur de ce type. J’y ai trouvé l’étiquette : collée à l’intérieur, tout à droite du convoyeur. Ce n’est pas très logique de la mettre à l’intérieur, pas très naturel de la chercher là. Toute fois je l’ai trouvée relativement lisible. Je suis retourné voir mon distributeur : l’étiquette est bien présente.

En regardant à nouveau mes photos, j’ai l’impression de la voir (sur la dernière du distributeur ci-dessus, sous les bouteilles de jus d’orange). Mais étrangement grise. Soit je ne l’ai pas remarquée dans la panique, soit elle était illisible, comme arrachée, et depuis mon courrier ils l’ont remise en état. Ça, il est trop tard pour le savoir. Et puis qu’est-ce qu’on s’en fiche, hein !

Quoi qu’il en soit, l’affaire est classée, à vous Julien Courbet.