Les salles et les Misérables

Plafond de l'UGC Normandie (salle Préstige)

Quelle expérience déstabilisante que d’aller voir les Misérables dans deux « grandes » salles parisiennes soit-disant réputées, a priori de qualité, et au rendu pourtant complètement différent ! Tellement différent que ça mérite un article supplémentaire après la critique du film.

 

Façade de l'UGC Normandie

L’UGC Normandie. Photo de KenRoe sur cinematreasures.org.


 

La misérable

Le jour de sa sortie je découvrais le film dans la salle dite « Préstige » de l’UGC Normandie. Cette salle m’intriguait depuis quelques mois. Tout commençait bien. L’entée par le hall du Lido annonce déjà un certain standing. Alors que le caissier était occupé avec des clients compliqués, un autre employé UGC ne faisant que passer a déchiré mon ticket pour m’éviter d’attendre. Un geste simple mais très classe (relation client, tout ça). Il faut ensuite gravir un imposant escalier/escalator aux rampes dorées et traverser un grand hall à l’immense-mais-classique comptoir pour les confiseries comme un enchainement de belles surprises dont j’ignorais l’existence. J’arrive tout de même rapidement dans la salle. Très belle, très ronde, aux fauteuils très anciens (très beaux très cubiques, mais très pas hauts). Mauvaise surprise : l’écran est métallisé pour les films en relief, je peste un peu, mais comme on va rarement voir plusieurs fois le même film j’ai du mal à savoir si l’image est vraiment dégeux par leur faute ou si le film est comme ça. Allez savoir, c’est peut-être moi qui psychote. Un dernier bon point avant l’accident industriel : si le projecteur numérique n’est pas pile en face de l’écran, l’image est très bien calibrée, ne semblant pas particulièrement penchée ou déformée.
 

UGC Normandie - salle Prestige - photo panoramique

UGC Normandie, salle Prestige, la photo assez incroyable quand on ne connais pas la salle.
Publiée par @Populaire_film


 

Le film commence. L’image est jaune. Mince, la dernière fois que j’ai vu ça, c’était dans une salle équipée RealD qui avait laissé le filtre LCD devant le projecteur pour un film 2D. Et bien sûr l’image est un peu huileuse, écran métallisé oblige.

Mais c’est surtout le son qui était étrange. Les musiques étaient terriblement en retrait. Et il ne semblait y avoir aucune spatialisation. Certes j’étais dans le premier tiers de la salle, la moitié du bas si vous voulez, mais quand-même. Le son venait entièrement de l’écran, n’était pas bien fort, et les musiques étrangement basses derrière les voix.
Ça m’a tout de suite intrigué, mais sans trop me choquer parce que je n’avais comme repères que la bande-annonce, diffusée à faible puissance avant d’autres films dans d’autres salles, mais aussi mal interprété la remarque d’un ami concernant « le jeu d’acteur [passant] avant la musique« .
Ça ajoutait à l’aspect bizarre du film, au fait que je le trouve difficile d’accès.
 
 
 

legende

L’UGC Normandie. Photo de KenRoe sur cinematreasures.org.


 

La sale

Derrière cet affreux titre présent juste pour le bon mot se présente une salle que j’adore™. En fait ma salle de cinéma préférée.
Nous sommes en deuxième semaine pour les Misérables, et je découvre, à mon grand étonnement, que malgré sa contre-performance le film est projeté dans la salle 5 du Gaumont Marignan. Troisième salle du bâtiment en terme de capacité (et donc 5ème en tenant compte du Gaumont Ambassade juste en face), j’aime cette salle d’un amour fou. Dix jours plus tard, j’ai ainsi été le voir dans ma salle chouchou, la 5 du Marignan. Projecteur 4K (même si Gaumont après l’avoir annoncé l’été dernier pour TDKR ne la compte plus dans sa liste de salles 4K, j’en suis quasiment sûr) à la géométrie très bien calibrée, fauteuils qui soutiennent bien le bas du dos, son qui arrache.
Et pour la première fois dans cette salle (précédemment : Cloverfield, Dark Shadows, Savages), un jingle 7.1 avant le film.
Pourquoi « sale » alors ? Parce que c’était la première séance, tard le matin à 11H30, mais les sièges étaient encore recouverts du popcorn de la veille. Ce sera le seul vrai défaut de cette expérience, passons vite à autre chose.
 

Rangée de fauteuils dans la salle 5 du Gaumont Marignan

Les fauteuils au si bon soutient lombaire. Photo : visionarium.fr.


 
Et bien déjà l’image était bien moins verte/jaune !
Ensuite, le son venait de tous les côtés et la musique était forte !
Aller encore un petit défaut, j’ai presque trouvé l’image trop claire. Un comble, c’est si rare de pouvoir reprocher ça à une salle ! Mais je chipote.

En un instant, le « prestige » UGC a pris sévère.
Autant pour l’image dégueulasse ce n’est hélas pas surprenant (coucou RealD), autant pour le son avec le recul je réalise qu’au Normandie c’était limite médiocre quoi :-/ Salle « préstige ». Avec un design rétro, mais un son de gramophone aussi 🙁

Comment peut-on parler de salle « prestige » ? En 1950 peut-être, mais aujourd’hui, ni le son (il y a pourtant des enceintes partout sur les murs) ni l’image (un recul technologique volontaire, vivement que ces écrans et filtres polarisants LCD disparaissent, pas avant 2017 si cette initiative du CNC va jusqu’au bout (pourquoi ai-je du mal à m’en convaincre ?) ne sont à la hauteur de ce que j’attend d’une salle. Quelle qu’elle soit. Même un vieux ciné Art & Essai pas rénové depuis 30 ans fait mieux que ça.

Assez parlé de cette affreuse salle. Je l’ai visitée et j’y ai vécu une mauvaise expérience, mais heureusement je n’ai pas vraiment payé, possesseur d’une carte illimitée UGC (pour le MK2 Bibliothèque qui est le cinéma le plus proche de chez moi). Et depuis que je l’ai, découvrir de nouvelles salles est devenu mon sport favori. Les mauvaises surprises font parti du jeu.
Je préfère finir cet article sur la salle 5 du Gaumont Marignan. J’y retournerais. Encore et toujours. C’est moins évident avec une carte UGC mais dès que je gagne une place de cinéma (via les concours organisés par distributeurs sur Twitter par exemple) ou que le CNC organise des week-end à prix réduit genre Fête du cinéma (que la BNP prolonge sur des jours moins chargés via des dizaines de milliers de contremarques faciles à gagner), j’en profite pour découvrir une nouvelle salle Gaumont parisienne (hors multiplexes sans âme)… ou retourner dans la salle 5 du Marignan (en entrant par l’accès haut bien sûr, c’est rituel ça, j’atterris direct à la meilleur place, il y a moins de monde qui patiente c’est plus calme, on dit bonjour aux employés qui accèdent aux bureaux à côté, …).

C’en est fini de cet article, mais j’ai bien envie d’en écrire un autre plus général, sur la qualité de projection des cinémas que je fréquente. Les images complètement tordues au MK2 Bibliothèque, on en parle ? Les projecteurs complètement sous-dimensionnés des grandes salles à l’UGC Bercy, on en parle ? Oui on en parleras. Ça me soulagera. Et peut-être qu’un jour j’habiterais Paris même. Et à ce moment là, un de mes grands plaisirs sera de prendre une carte Gaumont et de jongler entre les Champs, Opéra et Alésia, mais je regretterais l’accès à la programmation de certains MK2. Tient d’ailleurs il faudra que j’écrive un article sur mes salles préférées également, pas pour être équitable, mais parce qu’elles elles le méritent. Bonsoir.

6 commentaires

  • Très intéressant, vivement les suivants.

    Honnêtement je n’avais jamais vraiment réalisé que la salle avait une telle importance dans l’appréciation que l’on pouvait avoir d’un film.

    Et pourtant on prend bien soin de choisir son propre home cinéma.

    Bonne continuation au blog 🙂

  • Pingback: Nous avons testé les nouveaux multiplexes de cinéma Pathé Beaugrenelle et UGC Ciné Cité Paris 19. Notre avis. - Rêves Connectés / Papa Citoyen

  • Salut à toi.
    Je connais bien les deux salles que tu viens de décrire.
    Comme toi, j’adore la salle 5 du Gaumont (champs-élysées) Marignan. Mes plus belles expériences y sont « Jumanji », « Le client », « Harcèlement », « L’ombre et la proie », « Cloverfield » et la « Guerre des mondes ». Le son est génial et la salle très bien disposée.
    J’adore aussi la salle prestige de l’UGC Normandie.
    Il est bien dommage d’avoir eu une expérience malheureuse dans cette merveilleuse salle. Car je n’y ai jamais été déçu. Y voir « Heat », « Roméo et juliette », « Entretien avec un vampire », entre autres (j’en ai vu beaucoup là-bas) fut à chaque fois mémorable (surtout « Heat »).
    Tu devrais peut-être lui laisser une deuxième chance, car je trouve qu’elle vaut vraiment le coup.

    • Bonsoir Makewski, et merci pour ton avis. Je suis justement retourné par hasard dans cette salle du Normandie il y a 3 jours.
      Mais je ne peux pas vraiment parler de seconde chance, car c’était pour « les Trois frères, le retour » : ainsi j’ai trouvé que le son n’était encore une fois pas du tout spacialisé, mais sur une comédie française on ne peut pas juger, c’est toujours le cas.
      Par contre le son était fort cette fois. Un peu trop même, et pourtant j’était au centre de la salle, plus loin que pour les Misérables, malgré ça j’étais gêné et de simples phrases parlées étaient très très fortes.

      Vu le nombre impressionnant de rideaux autour de l’écran, j’imagine qu’ils peuvent à l’origine bouger pour cadrer avec le format du film ? Parce que là, non. Film en 1,85 mais écran en Scope.

      Au moins, avec une comédie l’écran métallisé ne passait pas trop mal. Comme je l’évoque rapidement dans l’article que je viens de citer, je crois qu’UGC a raté le coche du relief et a sacrément bousillé de belles salles. Il faudrait effectivement que je réessaye celle-ci avec un grand film, mais j’ai l’impression qu’elle est mal entretenue. Au moins au niveau du son ; pour l’image la salle 2 du George V a une belle longueur d’avance (je te renvoi encore vers mon même dernier article).

  • Les rideaux scéniques ne sont hélas plus utilisés depuis le passage au numérique. La synchro était en effet effectuée grâce à des marqueurs positionnés directement sur les pellicules. Les rideaux ne sont plus utilisés que manuellement pendant les séances spéciales (avant-premières, etc.). Cependant il arrive en général qu’un projectionniste attentionné pré-positionne manuellement les caches selon le format du film.

    • Merci ! J’ai vu en décembre une AP des Pingouins de Madagascar en relief et en 1:85, malheureusement le rideau était en Scope. C’était même un peu gênant pendant les scènes (il y en a au moins deux) ou le film ajoute de « fausses » bandes noires pour créer des effets de jaillissement exagérés.

      Par contre (je fais du hors-sujet dans mon propre article ^^), pour le relief le Normandy utilise 2 projecteurs avec des filtres passifs (polarisation circulaire RealD 3D), et ça c’est très agréable (surtout chez UGC ^^).

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